Le Caire - Egypte (2002)

Publié le par Jabla

Salam aleikoum arkadaslarim,

 

Désolé de ce mélange des langues et des cultures mais tout est confus ici pour le pauvre occidental plonge dans cette mégalopole de près de 20 millions d’habitants. J’essaie de mettre a profit le temps passe au Caire pour parfaire ma connaissance des lieux et des gens. Rien n’est simple pour le commun des mortels dans cette ruche sans cesse animée, bruyante, déconcertante mais oh combien attachante. Trois mots sont essentiels ici. Inch’Allah, Malech (dommage, pas de chance, pour une prochaine fois…) et Hamdullillah (louanges a dieu, concerne tout aspect positif de la vie).

 

Il est une chose dont j’ai réellement pris conscience lors de mon séjour. Nous, jeunes occidentaux nantis, ne mesurons pas la chance que nous avons de vivre dans une démocratie. La situation politique ici est bien plus chaotique. L’Egypte est une dictature. Tout simplement. Pas évident pour les jeunes un tant soit peu conscients de s’épanouir en toute impunité. La marginalité n’est que moyennement appréciée par le pouvoir en place. L’armée est omniprésente, la police veille et les services secrets perdent leur temps à écouter les conversations des occidentaux, pourtant plus préoccupés de sorties, de filles ou de bongo que de politique. Qu’importe, la police emprisonne les citoyens de son propre pays avec allégresse. Les motifs souvent futiles, peuvent parfois prêter a sourire, s’il n’y avait pas les inévitables tortures. Accusations de tentative d’assassinat sur le président Moubarak – plus familièrement surnommé « la vache qui rit » - pour les islamistes des Frères Musulmans ou de satanisme pour les jeunes tatoués ou a la chevelure abondante. Longue est la liste des infractions. Et pourtant la majorité de ces jeunes aiment leur pays et sont parfois prêt à d’immenses sacrifices pour le faire évoluer dans le bon sens.

 

Je pense à Maha, jeune égyptienne de 20 ans, qui milite au sein d’une association de défense des femmes. Poussée par ses parents communistes, son combat est quotidien dans un pays ou beaucoup regardent d’un mauvais œil une fille fumant dans la rue. Son frère Nabil, 22 ans, a passe une semaine en prison pour avoir badigeonné les murs de la ville de slogans la veille d’élections. Je pense à Mahmoud, 28 ans, qui réalise son premier court-métrage, et qui invité avec sa troupe de théâtre en Argentine et à Rome ne pourra malheureusement pas s’y rendre a moins d’un miracle. Impossible pour un jeune n’ayant pas effectué son service militaire de quitter le territoire national. Accusé de satanisme, il a passé une semaine dans un bus effectuant la navette entre Midan Tahrir (la grande place du centre ville) et l’aéroport pour échapper aux autorités n’ayant nul endroit ou se cacher. Apres 7 jours d’errance il a préféré se livrer a la grande surprise de la police ! La vie est plus simple pour Tarek. Un arrière grand-père premier ministre (assassiné par les Frères Musulmans) et de la famille dans le corps diplomatique égyptien lui assurent une vie moins ponctuée par les tracasseries administratives. Wahel, jeune homosexuel de 20 ans lui, supporte de moins en moins les brimades et la pression policière. Un soir, il m’a demandé : « Why am I gay ? ». Son T-shirt apportait la réponse, « Why not ? ». Amadou est Malien, il habite depuis près de 3 ans au Caire et étudie le droit arabe. Etre noir n’est pas simple ici, malgré une lignée royale Dogon (!) il souffre parfois du racisme, même si Mohamed Mounir, égyptien Nubien, fait partie du panthéon de la musique arabe contemporaine et est révéré par une majorité de la population pour ses textes engagés en faveur du peuple.

Mais avant d’être un gouvernement répressif, l’Egypte est un peuple. Chaleureux et accueillants, comment ne pas être touché par la gentillesse des égyptiens prêts a tous les sacrifices pour aider l’étranger un peu perdu. Si vous avez le malheur de demander votre chemin, une foule d’égyptiens se proposera immédiatement pour vous indiquer la route correcte. La ou le bas blesse, c’est que pas un de ces serviables passants n’est d’accord sur la direction a prendre. Quel bonheur de descendre faire ses courses dans les petites échoppes qui offrent une multitude de produits. Les fruits et les légumes sont abondants et appétissants. On peut aussi bien trouver des abricots, des pêches, des mangues et des bananes. La communication n’est pas forcément évidente mais des liens se créent tout de même a coup de sourires et de mimiques. Mes bawouab – kapici pour les turcophones ou « concierges » - sont d’une gentillesse incommensurable et feront partie des gens qui me manqueront le plus quand j’aurais a quitter Suzanne – ma collègue américaine - et le Caire.


Le trafic cairote vaut a lui seul le déplacement. De toutes les villes ou j’ai eu l’occasion de me rendre, pas une ne peut décemment pas rivaliser avec le Caire question circulation. Mis a part dans quelques parties de la ville, les feux sont largement facultatifs… Ainsi il n’y a que rarement d’embouteillages ici. Mais question conduite, la comparaison la plus appropriée me semble être Collin McRay – le fameux jeu sur Playstation… Ici on double quand on le sent. Par la droite, par la gauche. Avec ou sans klaxon. C’est l’anarchie la plus complète. Montez dans un taxi – essentiellement d’antiques Peugeot 104 ou des Tofas première génération – et la probabilité d’avoir un accident EXISTE. Il faut peut-être que je me préoccupe de mon assurance moi…

 

Mais le spectacle est quotidien. Un simple trajet routinier peut se transformer en aventure épique. Un soir sur le pont du 6 octobre, on échange des signes avec des jeunes dans une voitures roulant a notre hauteur. On commence a discuter un peu, a s’offrir mutuellement des cigarettes en roulant au coude a coude au grand dam des autres automobilistes. Finalement on se donne rendez vous au Cairo Jazz Club. Coincés dans les embouteillages – bon, peut être que finalement il y en a bien quelques uns au Caire… – on voit alors débarquer a pied le chauffeur de la voiture… Tombés en panne d’essence un peu derrière, il demandait a notre chauffeur de taxi s’il ne pouvait pas le dépanner. Malech on fonctionnait au GPL… Rencontre a l’égyptienne de bout en bout… !

 

Quoi de plus commun que de croiser une voiture sur une voie rapide avec 3 passagers dans son coffre ? Parfois la qualité des voitures laissant réellement a désirer, les chauffeurs sont forcés de tenir leur portière pour ne pas qu’elle tombe. En amazone, a l’arrière d’une moto, les « ménagères de moins de 40 ans » n’hésitent pas a papoter avec la famille grâce a leur portable au beau milieu d’une jungle urbaine et de voitures folles… Eviter un énorme un camion-citerne renversé sur la route du Désert menant a Alexandrie n’est pas si hors du commun. Sans parler des innombrables voitures tombées en panne qui a cause de la chaleur qui en raison de leur age avancé, qui parfois finissent leur trajectoire le plus simplement du monde… en beau milieu de la chaussée. Mais la voila la cause des embouteillages cairotes !

Le Caire. Hostile, bruyante, une chaleur implacable en plein été et finalement peu d’endroits agréables ou l’on peut se promener en toute sérénité. Mais quel bonheur d’y passer quelques mois. De rencontrer ces égyptiens si simples et gentils. D’aller fumer une shicha a 4h du mat’ dans le quartier « islamiste » du Khan au Fishawoui Café ou dans les jardins du prestigieux Marriot a Zamalek. Eh oui le Caire ne retrouve le calme qu’a partir de 5h du matin. Les égyptiens ne dorment que quelques heures par nuit… Assez déconcertant pour un européen de croiser des familles entières a 3h du matin flânant sur les bords du Nil…


L’animation est constante, les muezzins bercent le rythme des Cairotes. Au détour d’une conversation anodine, votre chauffeur de taxi barbu – ah pourtant c’est un signe qui ne trompe pas… - vous parle de Ben Laden comme d’un héros, fort heureusement Chirac est adulé ici ! Ah, « buvons » des pommes mes amis !

 

Une petite pensée pour les jeunes de Maadi, le quartier « chic » du Caire, qui trompent leur ennui a fumer du bongo et boire des bières en écoutant de la musique – arabe bien entendu – sur un parking les soirs de semaine. Les drogues dures font ici des ravages parmi une jeunesse dorée enfermée dans le carcan d’une société oppressante. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour et il faut laisser le temps aux pays de se développer. Moubarak veut se faire remplacer par son fils mais le peuple gronde… Espérons juste que Bush ne fasse pas trop de conneries en Irak, le sentiment anti-américain est omniprésent ici, tous ont des amis ou de la famille en Palestine qui souffrent. Il est si facile de convaincre des masses miséreuses d’épouser une cause si perdue soit-elle. Mais avec près de 20 millions d’habitants le Caire reste une ville plus sure que n’importe quelle capitale européenne. Pas si mal que ça pour une mégalopole du Tiers Monde !

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Publié dans Trips

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